Le Prophète considérait évidemment les farces d’An-Nu`aymân pour ce qu’elles étaient : de joyeuses boutades censées apporter du réconfort et provoquer les rires. L’Islam n’exige pas des gens qu’ils rejètent le rire et la légèreté pour demeurer perpétuellement graves et sombres. Un sens de l’humour approprié est souvent une source de grâce.
An-Nu`aymân survécut au Prophète et continua à jouir de l’affection des musulmans. Mais a-t-il mis un terme à ses facéties ?
Pendant le califat de `Uthmân, que Dieu l’agrée, un groupe de Compagnons se reposaient à l’intérieur de la mosquée. Ils virent Makhramah Ibn Nawfal, un vieil homme qui avait environ cent quinze ans et évidemment plutôt sénile. Il avait des liens de parenté avec la soeur de `Abd Ar-Rahmân Ibn `Awf, qui était une femme de An-Nu`aymân. Makhramah était aveugle.
Il était si faible qu’il pouvait à peine se déplacer de sa place dans la mosquée. Il se leva pour uriner et eut très bien pu l’avoir fait dans l’enceinte de la mosquée.
Mais les Compagnons le disputèrent pour l’en empêcher. An-Nu`aymân se leva et alla le porter à un autre endroit, comme il le lui fut demandé.
Quel est cet autre endroit où An-Nu`aymân l’a porté ? En fait il se contenta de le déplacer très près de l’endroit où le vieil homme se trouvait auparavant et l’assit là, toujours dans la mosquée ! Makhramah se fit alors réprimander et on le fit lever à nouveau. Le pauvre vieil homme en fut affligé et dit : "Qui a fait ceci ? ". "
An-Nu`aymân Ibn Amr, " lui a-t-on répondu. Le vieil homme jura qu’il frapperait An-Nu`aymân sur la tête avec son bâton s’il le rencontrait.
An-Nu`aymân s’en alla puis revint. Il devait certainement préparer une de ses farces. Il vit `Uthmân Ibn Affân, le commandeur des croyants, faisant sa prière dans la mosquée. Rien ne pouvait distraire `Uthmân de sa prière.
An-Nu`aymân vit également Makhramah. Il alla vers lui, changea sa voix et lui dit : " Voulez-vous que je vous mène à An-Nu`aymân ?". Le vieil homme se rappela ce que An-Nu`aymân lui avait fait. Il se souvint de la promesse qu’il avait faite de le châtier et s’écria : " Oui ! Où est il ? ". An-Nu`aymân le prit par la main et le mena à l’endroit où le Calife `Uthmân se tenait et lui indiqua : " Il est ici ! " Le vieil homme leva son bâton et frappa la tête de `Uthmân jusqu’à le faire saigner.
Les gens s’écrièrent : " C’est Amir Al-Muminin ! (le Commandeur des Croyants) ". Makhramah fut entraîné loin tandis que d’autres voulurent s’occuper de An-Nu`aymân mais `Uthmân les retint et leur demanda de le laisser en paix. Malgré les coups qu’il reçut, `Uthmân rit de ce qu’avait fait An-Nu`aymân.
An-Nu`aymân vécut jusqu’ à la période du califat de Mu`awiyah. C’est alors que la fitnah et la discorde emplirent son cœur d’angoisse et de tristesse. Il perdit sa gaieté légendaire et on ne l’entendit plus jamais rire.
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